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Toscane, la douceur de vivre !

La Maremma, terre merveilleuse et sauvage, riche de bois, sources, plages, lagunes, thermes, villages moyenâgeux, abbayes et ermitages, doit sa beauté en partie au fait d'être restée très longtemps à l'écart de l'histoire. 

La Toscane - Italie -

La Toscane - Italie -

Au IXe siècle avant J.-C., elle fut le berceau de la civilisation des Étrusques qui y fondèrent entre autres la ville portuaire de Roselle, mais aussi les nécropoles de Populonia et Vetulonia. Les Étrusques furent vaincus et absorbés par l'Empire Romain. Après la chute de celui-ci, la Maremma subit les invasions barbares. L'abandon du système de contrôle de l'irrigation rendit marécageuse une large partie de la côte et la Maremma (le «marais») resta alors loin des voies de commerces et communication. 

En 1737, la famille Médicis décimée, les grandes puissances décidèrent de placer sur le trône de Toscane les ducs de Lorraine. Pierre Léopold, grand duc de Toscane, fut très apprécié par ses sujets : cultivé et en avance sur ses pairs, il se dédia au développement de la Toscane en créant un État moderne : il développa l'agriculture, fonda des industries et des banques, réforma l'administration, créa d'importantes infrastructures - ponts, routes, chemins de fer - et lança d'autres grands travaux dont l'assainissement de la Maremma en creusant des canaux, installant des moulins à vent et plantant des milliers d'arbres qui rendent aujourd'hui splendide le parc naturel de II'Uccellina. 

L'assainissement définitif de la Maremma date d'après la Seconde Guerre Mondiale et dès lors cette partie de la Toscane n'a cessé de monter en puissance : elle représente aujourd'hui le lieu le plus prisé du tourisme rural et balnéaire. Il fournit la majorité de la production agricole et des spécialités oenogastronomiques de la région. 

Les gens de la Maremma - et les Toscans en général - sont très attachés aux produits authentiques de leur terroir : huile d'olive, charcuterie traditionnelle, fromages de brebis, champignons, châtaignes, tomates, haricots, épeautre....On y compte plus d'une centaine de produits IGP (indication géographique protégée) et quatre produits «presidio slow food», c'est à dire protégé par Slow Food - mouvement qui défend la biodiversité alimentaire et les traditions gastronomiques. 

Morue aux pois chiches

Les recettes traditionnelles de cette région nous ramènent à l'époque de sa grande pauvreté : elles sont savoureuses mais très simples. Les soupes sont faites de choux, tomates, oignons et légumes, les morceaux de viande sont cuits dans la tomate et déposés sur des tranches de pain avec l'huile d'olive et s'appellent «à la maremmana». Il existe une cuisine «de terre» et «de mer» avec parfois un mélange des deux comme dans le mariage des pois chiches avec le poisson. 

Pitigliano - Toscane
Pitigliano - Toscane

Un séjour dans un des nombreux «agriturismo» (fermes-auberges) de la Maremma comble de plaisirs. Les amateurs d'art et d'histoire visitent Massa Marittima, une petite Sienne, ou Grosseto avec sa cathédrale, ses remparts et son musée étrusque, ou encore les villes moyenâgeuses bâties sur les rochers comme Pitigliano et les nombreuses abbayes éparses dans la campagne. 

Quand il fait chaud, une escapade à la mer ou un bain dans les dizaines de thermes dont certains très spectaculaires comme Saturnia sont rafraichissants  ▼

Thermes de Saturnia
Thermes de Saturnia

Et les parcs, comme celui de II'Unccellina sur la côte, permettent d'approcher les animaux, sangliers, renards, buffles...

Dans l'oliveraie 

L'olivier, qui peuple le bassin méditerranéen depuis 6.000 ans est, avec la vigne, un condensé de notre civilisation. Cet arbre merveilleux, symbole de paix 🕊, qui peut vivre des centaines d'années grâce à sa faculté de remplacer par de nouvelles branches celles endommagées, ne demande qu'un terrain bien drainé et de l'air autour et s'adapte à des conditions climatiques très difficiles.

Oliveraie Toscane
Oliveraie Toscane

La Maremma toscana abrite des oliveraies en plaine avec de grands arbres qui arrivent à produire des centaines de kilos de fruits, mais aussi des plants en colline jusqu'à 600-700 mètres, qui ne donnent qu'une dizaine de kilos de fruits par an,  mais qui créent un paysage paisible et merveilleux cher aux peintres de la Renaissance. 

Le Champ de blé

La partie en plaine de la Maremma toscana était un immense champ de blé où, sous une chaleur écrasante, les  hommes et parfois les enfants des villages en colline allaient travailler en saison, payés une misère par les grands propriétaires terriens. Beaucoup ne revenaient pas, terrassés par la fatigue et le paludisme. Dans les champs se trouvait toujours un chêne à l'ombre duquel les ouvriers prenaient leur repas, un bol de ribollita ou d'acquacotta avec une tranche de pain frotté à l'ail. 

Aujourd'hui, autour de ces arbres, les tracteurs au travail dessinent dans la terre de jolis motifs qui font ressembler ces champs à des tableaux abstraits. Le pain de blé toscan (produit IGP) était autrefois cuit une fois par semaine et cette miche, de grande dimension, autour d'un kilo, à la mie dense et à la forme un peu allongée pour permettre de couper de belles tranches, se conservait très bien. Ces tranches sont à la base de toutes les recettes de la Maremma toscana, soit en bruschetta, soit en base sur laquelle, après l'avoir saupoudrée de sel, poivre et huile d'olive, on verse la soupe, on pose la viande ou encore le poisson. 

Le pain toscan est sans sel : au XVIe siècle, une révolte contre l'augmentation de l'impôt sur le sel exigée par le pape Paul III, né Alexandre Farnèse, conduisit plusieurs territoires de l'Italie du centre à fabriquer le pain sans sel.

Seuls les Toscans perpétuent cette tradition, confirmant ainsi leur caractère fier et indépendant. 

Escapade à la mer 

Lors des journées d'été où il fait très chaud et où les cigales chantent sans cesse, après avoir déjeuner, nous nous nous rendons à la mer, on s'installe sous la pinède, et on traverse le sable brûlant pour aller se baigner. Avec ses 100 km de côtes, la maremma Toscana offre de multiples paysages et possibilités de promenades. Les plages y sont vastes et libres d'accès. 

La baie de Follonica mène à Punta Ala, une presqu'île très boisée où des hôtels et des villas de standing, ainsi qu'un golf et un port de plaisance bien équipé, attirent une clientèle aisée. En longeant la côte et ses nombreuses pinèdes en direction du sud, on arrive à Castiglione della Pescaia, petite ville authentique avec son château moyenâgeux et son port-canal, témoignage de l'assainissement de la Maremma. 

Après Castiglione, la route de la côte nous montre d'un côté des plages et des pinèdes à perte de vue, et de l'autre des terres, des champs de blé, de riz et de légumes jusqu'au chef-lieu de province Grosseto. Après cette ville, entre l'embouchure du fleuve Ombrone et le joli village d'II'Uccellina avec ses montagnes parcourues de multiples parcours balisés, et ses plages intactes où le sable se mêle aux rochers. La dernière partie de la côte vers Rome est caractérisée par la lagune d'Orbetello et la presqu'île du mont Argentario, d'où partent les promenades en bateau pour l'archipel toscan et où l'on cultive un cépage très ancien, l'Assonica, qui donne un vin blanc très agréable. 

Le marais 

Une grande partie de la côte de la Toscane du Sud a longtemps été marécageuse, d'où son nom de Maremma (marais) : de cette période subsistent de merveilleuses zones humides, déclarées réserves naturelles sous la tutelle du WWF et de la province de Grosseto. Paradis des animaux migrateurs et des plantes hygrophiles, elles nous offrent et plus généralement aux amateurs de nature des paysages intacts, pleins de charme et de couleurs. 

lagune d'Orbetello. 
lagune d'Orbetello. 

Les zones humides les plus remarquables sont la Diaccia Botrona et la lagune d'Orbetello. La première, entre Castiglione della Pescaia et grosseto, est un vestige de l'ancien Lacus Prelius de l'époque romaine. Ce grand lac devenu marécage au Moyen Âge fut assaini au XVIIIe siècle par les ducs de Lorraine devenus ducs de Toscane, grâce à la mise en place de nombreux canaux, dont l'actuel port-canal de Castiglione della Pescaia. 

La lagune d'Orbetello, beaucoup plus importante, relie la terre ferme à la presqu'île du mont Argentario, promontoire rocheux et boisé abritant un tourisme d'élite. Elle se compose de deux lacs séparés de la mer par une bande sableuse avec de belles plages et des pinèdes ; au milieu s'allonge une langue de terre où se situe la ville d'Orbetello. Cette ville sur la minuscule capitale d'un étrange État, le «Stato dei Predidi» : crée sur plan en 1557 lors du partage des territoires de la République de Sienne alors vaincue entre Fillippo II roi d'Espagne et Cosimo I Médicis duc de Florence, il avait une importance stratégique et fonctionnait comme une barrière douanière. Cet État fut englobé deux siècles et demi plus tard par le royaume d'Italie. 

Orbetello est une ville riche de constructions de qualité, de palais et d'églises. On y mange une cuisine locale authentique à base de poissons pêchés dans la lagune et vendus frais sur le marché, mais aussi préparés pour la conservation par la coopérative des pêcheurs locaux. 

À la trattoria du village 

Les habitants de la Maremma aiment se retrouver en famille ou entre amis dans une trattoria, restaurant sans prétention avec au menu les spécialités locales, tenus par une famille : la mère fabrique les pâtes à la main et cuisine, les enfants et le mari font le service et s'occupent du potager familial où sont cueillis chaque jour les légumes et les herbes fraîches. 

La trattoria s'appelle fréquemment «del cacciatore», c'est-à-dire «du chasseur», ou porte le nom de la patronne («chez Verena» par exemple), qui vient de temps en temps en salle voir si les clients apprécient sa cuisine. À la trattoria se fêtent les occasions importantes : baptêmes, mariages, anniversaires rassemblent quelques dizaines de convives. Sur la table se succèdent antipasti, pâtes, viandes, poissons, légumes et desserts dont les citadins arrivent rarement, à l'inverse des locaux, à venir à bout ! 

Les villes pomponnent leurs décors de musée. 

Une petite route franchit discrètement l'autostrada filant vers Florence, la route sinue vers le gros village de San Gimignano. 

San Gimigniano
San Gimignano

Joyau de la civilisation étrusque, du Moyen Âge et d'une Renaissance féconde, on a le sentiment que tout est resté figé à l'ombre de ses tours, que la cité s'est retirée de l'histoire en conservant sa beauté intacte.

À quelques kilomètres, un chemin pittoresque suit le tracé qu'empruntaient jadis les pèlerins pour gagner Rome et, au-delà, Jérusalem. Cette via francicena, (la voie qui vient de France) est égrainée de châteaux et de villages perchés : Monterigionni, bâti au XIIIe siècle ; Certaldo, où naquit le poête Jean Boccace, auteur du Decameron : Panzano et son marché réputé depuis le Moyen Âge ; Greve in Chianti, dont la place trianglaire, bordée d'arcades, est dominée par la statue de l'explorateur Giovani da Verrazzano.  C'est lui qui découvrit la baie de New York en 1524. Cette voie est incontournable sur les route des vins de Toscane. Nous sommes sur les terre du chianti. Mieux encore, du chianti classico, la plus prestigieuses des appellations, limitée au seul terroir défini en 1716 par le grand-duc de Toscane, Cosme III de Médicis, soucieux de protéger le savoir faire local : 7.000 ha entre Florence et Sienne, qui produisent des vins rouges élégants et puissants. Leur emblème : le Gallo Nero, le coq noir. Apposé sur l'étiquette, il indique que c'est bien un chianti classico. La charmant bourg médiéval de Radda, avec son mur d'enceinte et son palais communal du XVe siècle, accueille chaque année, début juin, une grande fête des vins de chianti : Radda ne Bicchiere, littérallement Radda dans le verre ! 

Course de chevaux à Sienne 

Après avoir passé la nuit à la Villa Campomaggio, une élégante bâtisse du XVIIIe plantée dans le vignoble, nous reprenons le volant pour quelques kilomètres. SIENNE. La cité aux origines étrusques et à l'architecture gothique s'impose par la majesté de ses monuments beige rosé. 

Piazza del Campo, place principale de Sienne en forme d'amphithéâtre.
Piazza del Campo, place principale de Sienne en forme d'amphithéâtre.

À la contempler, on comprend mieux comment se perpétue ici une tradition séculaire, le Palio. Cette course met en scène l'homme et le cheval deux fois par an, le 2 juillet et le 16 août. Depuis le XIIe siècle, Sienne est divisée en quartiers, "les contrades". On en dénombra plus de 80, elles sont aujourd'hui 17. Chaque contrada a son église, son blason, sa devise, son hymne, son saint patron, sa salle communautaire et ...son écurie où résident des chevaux de course, les barberi. «Le Palio est plus long qu'une vie» disent les Siennois. Pourtant, la course ne dure qu'une minute et demie, le temps que mettent les barberi, montré à cru, pour parcourir trois tours (1km) de la Piazza del Campo, sur une piste recouverte de truffeau et de terre. Sienne retrouve alors ses fastes d'antan. La journée débute par une messe et les écuyers revêtent des tenues Renaissance. 

Tombera, tombera pas ? 

La route descend naturellement vers notre dernière étape. La mer bien sûr. Avant de l'atteindre, nous avons décidé de nous immortaliser en train de retenir la chute de la tour la plus surréaliste du monde, celle de Pise. Et de gravir son escalier en colimaçon de 293 marches pour profiter d'un panorama incomparable sur la ville et la campagne toscane.  

Sur la Campo dei Miracoli (la place des miracles), elle est là, immuable, majestueuse...et penchée, sa marque de fabrique ! Mais qu'est-ce qui a bien pu la faire fléchir ainsi ? Pise est construite sur une plaine alluviale. À peine le temps d'édifier les trois premiers étages de ce campanile de style roman destiné à abriter les cloches de la cathédrale que déjà, en 1178, il s'incline. Il faudra attendre presque un siècle pour que les travaux reprennent. Cinq étages supplémentaires. On a beau essayer de lui redonner sa verticalité, rien n'y fait. Alors, va-t-elle finir par tomber ? Les spécialistes assurent qu'elle gardera au moins trois siècle encore l'allure singulière qui fait sa célébrité. Celle-ci ne doit pas pour autant éclipser le reste de l'héritage architectural de la ville : le baptistère, le vieux cimetière ou le duomo de marbre blanc dans lequel la lampe de Galilée rappelle les expériences qui conduisirent l'astronome à découvrir la rotation de la Terre. Mais aussi Borgo Stretto et ses arcades médiévales, ou le Muséo delle navi antiche (musée des Bateaux antiques). 

Une île au charme discret 

Sous  la fraîcheur des frondaisons, un sentier monte à l'assaut de la colline qui surplombe le village de Marciana. Nous sommes sur l'île d'Elbe. Le sanctuaire de la Madone du Mont apparaît. 

Île d'Elbe, vue sur Portoferraio et la mer Méditerranée.
Île d'Elbe, vue sur Portoferraio et la mer Méditerranée

C'est là dit-on, que Napoléon, empereur déchu, passa les plus beaux jours de son exil à observer les côtes de sa Corse natale distante de 50 km. Les Anglais lui avaient proposé plusieurs lieux. Il choisit Elbe dont les mines de fer ont forgé les armes des Romains. Durant les dix mois où il y résida, son empire sera réduit à 224 km² ! Suffisant pour métamorphoser la vie des habitants et des paysages. Il traça des routes et des sentiers, planta oliviers et vignes. De sa demeure bourgeoise sur les hauteurs de Portoferraio, la Palazzina di Mulini, il observait les terrasses, les toits et les grands escaliers de sa "capitale", la maison ou Victor Hugo passa sa toute petite enfance (de 1803 à 1806), les voiliers, la mer, l'horizon. Portoferraio est resté ce joli port empreint de Renaissance.

À l'intérieur, l'île se découvre verte et vallonnée, couverte de maquis et de villages aux maisons ocre. De Campo nell'Elba, protégé par des fortifications, on aperçoit l'île de Montecristo qui inspira Alexandre Dumas. L'apnéiste Jacques Mayol avait ses quartiers à Pareti. Au pied du mont Calamita, un musée raconte l'histoire des mineurs de fer, les cavatore, autres héros de l'île. Des panneaux discrets signalent des plages, plus d'une centaine.

Celle de Sottobomba est une vraie carte postale, Acquarilli est plus sauvage, Innamorata, familiale. Et il n'y a rien de plus savoureux que de respirer au rythme des tradition toscanes : la caffè chaque matin, incontournable pour bien commencer la journée, les repas où les discussions se prolongent jusqu'à tard, la passeggiata (promenade), petit tour avant le coucher du soleil, le marché le matin et un appareil photo pour garder le souvenir de la lumière. 

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