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Les premières stations balnéaires et l'évolution du maillot de bain

En cette période estivale, nous sommes nombreux à goûter aux joies de la baignade. Si ces plaisirs innocents apparaissent aujourd'hui très banals, il n'en a pas toujours été ainsi. Longtemps, le littoral de l'Atlantique et plus encore celui de la Méditerranée ont été délaissés par les visiteurs, et les pratiques balnéaires, jugées dangereuses, impudiques ou malsaines, méprisées par la bonne société. 

Il faut attendre les années 1820 pour que les comportements changent et qu'une mode venue d'Angleterre - comme souvent en ce début du XIXe siècle - rapprochent des plages un public privilégié. Belle-fille de Charles X, roi de France, la duchesse de Berry s'affiche à Dieppe les pieds dans l'eau, première manifestation d'une timide libération des corps. Une étape décisive est franchie sous le Second Empire : La volonté de Napoléon III, l'exceptionnelle croissance économique et le développement du réseau ferré dynamisent le tourisme. La station d'Etretat est lancée en 1852, Biarritz en 1854, Arcachon en 1857. Partout, hôtels, villas et gares sortent de terre, mobilisant d'importants capitaux et les entrepreneurs du temps, comme les célèbres frères Pereire. 

Les cabanes de plage font le plein

Montées sur pilotis, ces cabanes construites à même le sable servent aux estivants des deux sexes à enfiler leur tenue de bain à l'abri des regards indiscrets. En 1858, la plage du Port-Vieux est déjà l'une des mieux équipées de la côte atlantique.

Les premières villas fleurissent 

Cette villa est typique du style balnéaire qui se développe sous le Second Empire. Si le village de Biarritz existait avant les années 1850, certaines stations sont en revanche créées de toutes pièces, à l'image d'Arcachon en 1857.

Les jeunes basques regardent avec circonspection l'invasion des baigneurs venus de Paris, qui prennent d'assaut leur vieux village. De passage en 1843, Victor Hugo craignait déjà que Biarritz ne perde son charme «agreste et rustique»

Villa de Napoléon III à Biarritz
Villa de Napoléon III à Biarritz

Napoléon III est dans le coin ! Un dais richement décoré signale la présence de l'empereur et de son épouse. Familier des lieux, le couple fait construire en 1854 une vaste demeure sur la Grande Plage, située un peu plus au nord.

Les moyens de communication modernes sont indispensables au développement des bains de mer. A partir de 1864, Biarritz sera raccordé au réseau ferré par la Compagnie des chemins de fer du Midi, alors propriété des frères Emile et Isaac Pereire. Les bains de mer sont donc le fruit de la société industrielle.

Au XIXe siècle, c'est en robe longue et tête couverte, que les femmes se baignent ! 

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, les villes de Cannes, Deauville, et Saint-Tropez deviennent des stations balnéaires en vogue auprès de l'aristocratie. Petit à petit, le maillot rétrécit : les manches raccourcissent, le pantalon remonte...Les corps ne se dévoileront qu'après 1918, d'abord en maillot une pièce. 

En 1932, le couturier parisien Jacques Heim conçoit un maillot de bains deux pièces, composé d'une culotte-short taille haute qui cache le nombril. Il le baptise «Atome» en référence au plus petit élément sur terre pour désigner «le plus petit maillot de bain du monde». Il remplace le maillot-gaine en laine tricotée, qui pesait 500 grammes lorsqu'on l'enfilait et plus de trois kilos lorsqu'on ressortait de l'eau... Les stars de Hollywood - et les pin-up - le popularisent dans les années 1940. 

Ce n'est qu'en 1936, avec la création des congés payés, que la grande masse des salariés pourra accéder aux plages. 

En 1946, «un bikini»  est créé par le fabriquant français de costumes de bains, Louis Réart, ce dernier le nomme ainsi en référence à l'atoll du Pacifique où les États-Unis testaient leur bombe atomique. Il est tout petit, et fait scandale. Jusqu'à être interdit dans un certain nombre de pays. Il faut attendre le début des années 1960 pour que le bikini s'impose. Grâce à Brigitte Bardot, il réussit à s'implanter sur les plages de la Riviera.

Habille d'un rien 

Brigitte Bardot à Cannes en 1953
Brigitte Bardot à Cannes en 1953.

Ce n'est pas un vêtement. Du moins, pas seulement. Disons que la protection n'est ni son intention première ni sa vertu cardinale. Le bikini n'est pas un effet. Il se contente d'en produire. On comprend mieux que d'emblée, chacun préfère parler de lui comme d'un «phénomène» social, moral, religieux....

Assurément, les slogans publicitaires de l'époque disent vrai :«La première bombe an-atomique». 

Loin d'être dépassé par une «révolution» qu'il aurait involontairement induite, Louis Réard, son créateur, n'a en fait rien espéré d'autre. Tout est dans le choix des mots. En donnant à son invention le nom de l'atoll où, quelques jours auparavant, les Américains ont effectué leur premier essai nucléaire, il donne délibérément le ton et table, de toute évidence, sur une réaction détonante. Autant dire qu'il assied son ouvrage sur une poudrière !  

Du reste, aucun mannequin ne tient alors véritablement à s'exhiber dans un soutien-gorge échancré, séparé d'une culotte aussi triangulaire que minimaliste. Le 5 juillet 1946, Réard n'a plus qu'à se tourner vers une danseuse nue du Casino de Paris, Micheline Bernardini, pour présenter son modèle à la piscine Molitor....

 Micheline Bernardini et Louis Réard
Micheline Bernardini et Louis Réard

Certes dans les années 1930, le «maillot-qui-découvre-le-ventre» s'est d'ores et déjà offert une timide intrusion dans la penderie féminine. En 1932, le créateur de mode et costumier de théâtre Jacques Heim lance, en effet, «Atome», «le plus petit maillot de bain du monde», qui, avec sa taille de short, voue le maillot-gaine traditionnel aux gémonies balnéaires. Le succès ne sera pas au rendez-vous. Cependant, sitôt que Louis Réard choisit de s'en inspirer, il met littéralement le feu aux poudres publicitaires. Mais, là encore, la partie n'est toujours pas gagnée. «Le plus petit que le plus petit maillot de bain du monde» de Réart s'attire les foudres des bien-pensants qui s'érigent en gardiens de la morale publique. Il n'est jusqu'à Saint-Pierre pour s'en offusquer et, dans la foulée, l'Italie, l'Espagne, le Portugal, la Belgique et la France jettent naturellement l'anathème sur ce satané maillot. Seules quelques beautés osent braver l'interdit. 

Ursula Andress (à droite) son célèbre Bikini a été vendu aux enchères en 2001 chez Christie’s pour environ 60.000 euros!

Archétypes d'une sensualité revisitée, les pin-up - telles Jayne Mansfield ou Marilyn Monroe - entreprennent de le populariser. Et par son biais, le septième art achève d'imposer des icônes de chair et de volupté, qui ont nom Brigitte Bardot ou Ursula Andress, à l'universelle concupiscence. Aussi dans les années 1970, aucune naïade ne craint-elle plus de «choquer ses voisines» ou de «gêner ses voisins» ! Pour montrer quoi ? Leur «Itsi bitsi bikini», bien sûr. Un «tout petit petit bikini» qui, juste pour la(es) forme(s), habille les nymphes et court désormais sur toutes les lèvres. 

Chez les femmes, malgré la vogue du monokini dans les années 1980 et le fameux maillot rouge une pièce de Pamela Anderson dans «Alerte à Malibu !»,   aujourd'hui, c'est toujours le bikini qui est le maillot de bain le plus vendu dans le monde. Mais l'appel du rétro n'est jamais loin et les culottes hautes et le maillot une-pièce reviennent en force.

La mode est un éternel recommencement ! 

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