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Lames fatales ...La barbe !

Le coupe-choux !

Le coupe-choux !

Simple silex à l'origine, le rasoir devient plus performant au fil du temps, le coupe-choux comme on l'appelle alors, fait la fortune des barbiers. 

Les archéologues en ont exhumé en silex, en dents de requin, en bronze, en or et en fer. Mais comment s'y prenait-on pour se raser avec ces instruments archaïques ? Nul ne le sait....Dans la Rome antique, le tonsor se sert d'un novacula de forme courbe en bronze, dont l'efficacité dépend uniquement de sa dextérité. Celui qui excelle dans cet art peut espérer un avenir radieux. Cannamus, le plus connu de tous les barbiers de Rome, s'enrichit tant qu'il parvient à payer le cens qui l'autorise à entrer dans l'aristocratie. Dès le XVIe siècle, on trouve des instruments plus performants : rasoirs-sabres ou rasoirs couteaux, qu'il est possible d'affûter. On les utilise avec de l'eau savonneuse pour faire glisser la lame. Le coupe-choux est constitué d'une lame s'escamotant dans le manche lorsqu'on ne s'en sert pas. Seule la main experte du barbier est capable de faire la barbe en une dizaine de minutes sans danger ! 

Jean-Jacques Perret invente le 1er rasoir de sécurité
Jean-Jacques Perret invente le 1er rasoir de sécurité

En 1762, le coutelier Jean-Jacques Perret invente le premier rasoir de sécurité : une partie seulement de la lame est visible, ce qui réduit les risques de se blesser. En 1769, il explique l'usage que chacun peut faire du rasoir à rabot dans son livre La Pogonotomie ou l'art d'apprendre à se raser soi-même. Le mot pogos signifie, en grec, barbe et temmo, couper. Ce mot barbare, totalement oublié, annonce ....la fin du barbier professionnel. Jean-Jacques Perrin enfonce le clou en déclarant que se faire raser chez un barbier est dangereux : les instruments mal lavés sont vecteurs de maladies. 

Un matin de 1895, King Camp Gillette, vendeur dans une entreprise de fabrication de bouchons de liège à Boston, s'énerve à affûter un rasoir. L'homme est un utopiste, un doux rêveur qui veut changer le monde. Tout à coup s'impose à lui la vision d'un rasoir à tête démontable dont la lame serait jetable. Il file acheter dans une quincaillerie de quoi réaliser son rêve. Il y travaille durant quatre années avec l'aide d'un mécanicien Steven Porter, et d'un chimiste, William Nickerson, qui parvient à fabriquer une lame d'acier mince à double tranchant. Un an plus tard, King C.Gillette inaugure l'ère de l'éphémère avec le premier rasoir à lame jetable ! Il reste néanmoins à le parfaire, durcir et aiguiser davantage les lames d'acier, élargir le manche pour qu'il tienne plus facilement dans la main. Le brevet est déposé en 1904. En 1908, on peut lire dans l'illustration : «ce merveilleux instrument vous évitera à coup sûr tous les ennuis ordinaires et vous épargnera du temps et de l'argent. Vous aurez, en l'employant, la certitude d'être toujours rasé de près sans danger de blessure ou de maladie transmissible. Sa simplicité est idéale. Il est toujours prêt à être employé. Ses lames à double tranchant servent chacune de 10 à 40 fois et ne nécessitent ni repassage ni affilage. Elles sont remplacées à bon compte par des lames de rechange vendues séparément.»

La Gillette Safety Razor Company impose son produit à coup de méthodes commerciales originales▼

1er Rasoir Gillette

Elle propose aux acheteurs d'essayer le rasoir pendant quinze jours et, pour ceux qui n'ont pas compris, insiste sur la facilité de son utilisation. Son Thème récurrent en 1911 est le suivant : «c'est un jeu d'enfant que de se raser avec un Gillette qui s'ajuste à volonté suivant l'épaisseur de la barbe. C'est à la courbure de la lame Gillette que l'on distingue le Rasoir Gillette !».

Lors de la première Guerre Mondiale, les soldats américains sont équipés avec 4 millions de rasoirs et 36 millions de lames. Question d'hygiène et de protection les masques à gaz tiennent mieux sur des visages glabres. Ils ont fière allure devant les soldats français qui, peu équipés, sont des «poilus». La première Guerre Mondiale va offrir à Gillette un vaste marché : le rasoir devient le compagnon du soldat.  A la fin de la guerre, Gillette a une présence commerciale à Madrid, Milan, Istanbul, Shanghai, Tokyo. En 1925, Gillette compte déjà 44 filiales à l'étranger, en Europe, Amérique latine et Asie. Pour son 25ème anniversaire, en 1926, Gillette annonce 60 millions de rasoirs vendus et 3.5 millions de lames. 

En 1928 est lancé, sur le marché, le premier rasoir électrique fabriqué par l'Américain Jacob Schick. Son appareil est constitué de petites dents qui se déplacent latéralement derrière une petite grille. En 1934, 76 000 rasoirs électriques sont vendus aux USA et trois ans plus tard, les ventes atteignent le million et demi d'appareils. Le colonel Jacob Schick fait rapidement fortune, et son invention fait bientôt des émules en Europe.  Devant l'engouement du public, le Hollandais Philips décide de créer son propre modèle. En 1939, son ingénieur Alexandre Horowitz remplace la grille rectangulaire par une grille ronde et les dents par des lames rotatives. La tondeuse électrique permet aussi aux coiffeurs de réaliser des coupes de cheveux très courtes, suivant les modes. 

Mais le rasoir Bic jetable fait une entrée remarquable sur le marché et devient incontournable. Le Gillette progresse dans les années 80 avec deux lames, il s'agit du Gillette contour qui épouse les formes du visage et Gillette récidive avec le mach III. C'est un rasoir de très haute technologie, le fil de la lame est recouvert d'une fine couche de carbone, on se rase sans savon à barbe. Et maintenant on trouve le rasoir à 4 lames : La 4ème achève le travail de la 3ème et de la 2ème et de la 1ère. À quand les 5èmes, 6èmes lames ? 

Le rasage mécanique n'a pas fini de reprendre du poil de la bête ! Depuis quelques temps, les barbiers ont le vent en poupe avec la tendance à se laisser pousser la barbe.

barber shop.

Pas une semaine sans que n'ouvre, dans une grande (ou moyenne) ville de France, un «barber shop» ! 

Le rasage est toujours pratiqué selon la technique traditionnelle et le barbier doit parfaitement maîtriser la technique du rasage à l'ancienne et ses outils : rasoir, coupe chou, tondeuse, ciseaux, peigne, savon à barbe et blaireau. 

Toutes ces barbes que vous croisez chaque jour au bureau ou dans les transports en commun disent quelque chose de notre époque. Avant la barbe était le symbole de la sagesse, du retrait de la vie professionnelle, d'un certain relâchement. Là au contraire, la barbe est devenue un symbole de jeunesse. Un phénomène d'entrée dans la vie adulte, et plus du tout d'entrée dans la vieillesse. C'est une espèce d'inversion des générations dans le style de pilosité faciale. C'est peut-être surtout une tendance mode qui permet de gagner du temps!  Avec la barbe bien soignée et régulièrement taillée, plus la peine de se raser tous les jours ! 

 Il y a la barbe longue, la barbe de trois jours, mais quelle sera donc la prochaine tendance ? 

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